Dire, ecrire

Pour découvrir quelques textes de  » Dire, écrire, recueil de 2025/2026 : cliquez sur les titres en gras et italiques contenant un lien ou découvrez le tableau dans lesquels quelques-uns de ces textes sont insérés après la table.

CAFÉ
La première gorgée de café, bol du matin.
L’arôme du café frais moulu, du café qui passe
A déjà mis les sens en alerte.
La première gorgée de café, attendue, anticipée
Réjouit les papilles, plus ou moins…
Café un peu trop dosé ou trop clair, la sensation
De réconfort n’est pas la même.
C’est délicat, l’amertume du café,
C’est délicat, la température du café,
C’est délicat, mais tellement réconfortant.

La première gorgée de café ouvre le bal du
Petit-déjeuner, à moins que ce ne soit le prélude
À un après-petit-déjeuner, tout de suite après, sans attendre.
Parfois un thé vert, étancheur de soif, accompagnera
La danse des tartines salées ou sucrées et sera
Suivi d’une tasse de café dont la première gorgée
Sera l’instauratrice d’un autre moment, d’un autre temps.

Ma culture familiale est celle du café, plus prolétaire
Que le thé exotique, étrange, voire étranger.
Un bol de café noir le matin, une tasse
De café noir après le repas, c’est la norme.
Quand des visiteurs se présentent, selon l’heure
« Vous boirez bien un café ? » ou alors, c’est
L’invitation au café. Dessert et café, moins formel
Qu’un repas, ou alors, café des papotages
Entre amies, copines, au boulot.

Fédérateur, le rassemblement informe autour de
La machine à café… Ils l’ont bien compris :
Temps de liant et de liens, pas perte de temps.
Fromentine, 20 juillet 2025

À QUOI RÊVENT…
À quoi rêvent les têtes blondes, les têtes brunes ?
À quoi rêvent les boucles rousses, les cheveux crépus,
Les cheveux raides, les cheveux sagement nattés pour la nuit ?
À quoi rêvent cheveux courts, têtes chenues et têtes dégarnies
De tous horizons ?

Les songes nocturnes empruntent à la vie diurne,
Songes et cauchemars s’enracinent dans le vécu
De chacune, de chacun, au fil des âges, au gré
Des géographies intérieures et extérieures.

Quels rêves pour le tout-petit, repu après la tétée
Et dont, émus, nous observons mimiques et mouvements
Des globes oculaires, sourions au soupir d’abandon…

Quels rêves et quels cauchemars pour les enfants
Confrontés aux mystères de la vie ?
Dans nos contrées : une cristallisation autour du loup, de l’ogre.

Quels rêves au longs cours, de ceux qui reviennent, insistent,
Agaçants, effrayants, au goût de déjà-vu ?

Quels rêves, ceux qui poussent dormeuse ou dormeur à
L’éclat de rire, éberlué au réveil, souriant encore ?

Quels rêves pour l’aïeul, évoluant comme tout un chacun
Entre les mondes d’avant et son quotidien ?

La clé des songes, de tout temps a fasciné et fascine encore.

Si certains rêves mettent en scène des épisodes
Assez largement partagés : examens à passer, promenades
Dans un lieu public en tenue inappropriée, sentiment de perdre
Pied dans un puits sans fond. Glissade…

C’est au « un par un », pour chacune et chacun
Que le rêve déploie, déplie ou non, son message,
Ses rébus, ses équivoques

Rêver : nécessaire !
À tout âge, en toute saison, sous toutes les latitudes !
Les emprunts au quotidien varient, certes
L’histoire singulière de chacun s’impose, certes…

Rêver la nuit, signe d’une activité psychique et cérébrale certaine.
Rêver la nuit, et se souvenir ou non d’images, de bribes et dire
« Ah, tiens, mon rêve s’est effacé » quand une image surgie
De la nuit parvient à la conscience éveillée du jour.

Rêveries nocturnes, rêveries diurnes,
Différences, différer.

Bonne nuit, faites de beaux rêves !

Rodez, 24 septembre 2025

NOVEMBRE
Novembre débute avec les chrysanthèmes :
La mémoire des défunts et la célébration de tous les Saints
Allègrement se confondent.

Novembre a triste réputation : les jours raccourcissent,
Vent et pluie se déchaînent en tempête ou en
Bourrasques. Toutes faisant chuter les dernières feuilles
Résistantes.

On est encore loin de Noël, même si les enseignes
Déballent de plus en plus tôt calendriers de l’Avent,
Décorations diverses et suggestions en tous genres.
On est encore loin de Noël et les influences anglo-saxonnes
Encadrent le mois de novembre. Halloween fait déferler
Une cohorte de monstres, d’araignées, de sorcières, de citrouilles,
De vampires et autres fantômes jeteurs de sorts avant le premier
Du mois. C’est le dernier vendredi de novembre, le vendredi
Noir qui, lui, incite à dépenser sans trop compter.

Pour moi, novembre déroule sa farandole d’anniversaires.

Le plus jeune ouvre le bal, une de ses tantes le termine ;
J’en suis moi aussi, sans oublier ceux qui, à soixante ans
D’intervalle, partagent le même quantième du mois.

Alors, triste novembre ? Que nenni !

Les jours diminuant invitent à se lover au coin du feu,
Les jours diminuant invitent à délaisser les travaux d’extérieur
Pour privilégier des ouvrages dans la quiétude du domicile.
Si le vin chaud et les senteurs de cannelle ne sont pas encore
Au rendez-vous, châtaignes, coings, noix, vin nouveau
Et jus de pommes réjouissent les papilles.
On se sentirait presque l’âme à hiberner…

Les livres s’invitent aussi bien au bord de la plage, dans le jardin
Qu’autour d’une bonne infusion ou d’un bon chocolat chaud ;
Les pieds bien délassés dans les pantoufles, un châle sur les
Épaules pour repousser l’attaque d’un vent coulis.

Ce n’est sans doute pas sans déchirement que les arbres,
Abandonnant leur belle parure automnale, se dépouillent
En novembre.
Déchirement ou tour de notre imagination ?
Vent fou, bienvenu pour que les arbres, bien enracinés,
Puissent préparer, après un repos nécessaire,
La montée de la sève printanière.
Pluie cinglante, bienvenue pour la nature que l’été,
Voire l’automne, ont asséchée.

Novembre du leurre…
Sur le calendrier c’est en onzième et avant-dernière place
Qu’il se trouve et non à la neuvième !

Prenons-le au mot : novembre, neuf
Avec un regard neuf, envisageons ce mois
Pas tout à fait charnière entre l’automne
Et l’hiver.

Rodez, 23 octobre 2025

LIBERTÉ, FORCE VIVE DÉPLOYÉE
Liberté, force vive déployée
Liberté, libère-toi
Libre tu es
Quelles que soient les chaînes, physiques ou morales,
Qui t’entravent : sens-toi libre dans ta tête
Et dans ton cœur.

Force vive : une force plus grande que toi,
Une houle puissante, un vent à la fois fort et léger
Qui te pousse, qui te donne l’audace.
Force vive : vivante, dont la source est la vie même,
La vie qui est tienne, à vif peut-être mais
Fulgurante, sur le vif.

Déployée, une force vive qui s’ouvre petit à petit
Puis qui se déploie en majesté, ample, impressionnante,
Ou alors qui se défroisse peu à peu comme les ailes
D’un papillon ou les pétales d’un coquelicot.
Couleurs irisées ou incandescentes, à suivre.
Déployée : bien à plat, comme les fleurs de ginko, aussi.

Liberté, force vive qui se déploie
Dans tes actes, en pénombre ou au plein jour,
Au fil de tes mots parlés ou chuchotés,
Au bout de ton crayon, que tu écrives ou que tu dessines.
Liberté, force vive qui se déploie
Au creux de ton quotidien, quoi que résistance puisse dire.

Rodez, 31 janvier 2026

NILS
Elle s’appelait Nils, la tempête,
Et pour être tempétueuse, elle l’a été !
De la pluie en trombes, longtemps,
Des bourrasques à n’en plus finir !
Malgré mon « total look » : long ciré et bottes
De caoutchouc, la pluie, conjuguée au vent,
A réussi à me mouiller.

Bienheureuses bottes de caoutchouc quand,
Les rues en pente se transforment en petits
Ruisseaux, quand trottoirs ou places qui
Paraissent planes se révèlent ponctuées de creux
Où l’eau, ne parvenant plus à s’écouler, stagne.

À Bordeaux : miroir d’eau sur les quais,
Ici, en ville, une myriade de miroirs à facettes.

Que dire des caniveaux qui, s’engorgeant,
Débordant, offrent une douche sale et glacée
Au malencontreux piéton qui chemine alors
Qu’une voiture, un peu trop pressée, ne pense
Pas à s’éloigner de l’eau accumulée ?

Certains coins de la ville sont stratégiques, on le sait !
Aux alentours de la cathédrale, les parapluies sont
Retournés, malmenés, cassés… mêmes risques
Aux croisements de certaines rues.

Malgré ces aléas, le parapluie protège un peu
De la pluie de face… évidemment il bouche un
Tantinet la vue et il faut, régulièrement,
Risquer un œil hors de l’abri temporaire pour
Éviter une collision avec un piéton en face,
Qui, lui se trouve bien abrité par son parapluie,
Dans le dos.

Le vent, malin, réussit à soulever ou rabattre
Les capuches des manteaux, impers et autres cirés.
Le vent, malin, fait virevolter les pans de mon
Long ciré, et la pluie trouve alors un tronçon, entre
Le haut des bottes et la partie fixe du vêtement
Pour mouiller mes cuisses.

Je le dis depuis longtemps…
Si j’étais conceptrice de parapluies,
C’est à l’angle de la cathédrale, en remontant
Les rues Salvaing ou Frayssinous que j’irais tester
Mes prototypes !

J’ai de la chance d’avoir un parapluie bleu ciel,
Qui a vécu, qui affiche des points de rouille,
Mais qui accepte de se retourner comme une crêpe.
Tantôt convexe, tantôt concave et retour à la forme première.

Tel le roseau de la fable, jusqu’à présent,
Quelles que soient tempêtes, giboulées ou bourrasques,
Il plie mais ne rompt pas.

Rodez, 15 février 2026

poe-vie.fr
« Au fil de la vie, au gré des mots »